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LAÏCITÉ ET FAITS RELIGIEUX

Quelles définitions ? Quelles interprétations ? Quels outils ?

Comme dans le reste de la société, les établissements médico-sociaux sont confrontés à des faits religieux parfois anodins, parfois complexes, qui s’invitent au quotidien dans la vie des structures. Comment réagir et placer le curseur ? De nombreux professionnels se posent la question.

Définition législative. Principe de laïcité inscrit dans la Constitution, particularités territoriales en Alsace-Moselle, liberté de religion et de croyance inscrite dans la loi de séparation de l’Église et de l’État, mais aussi neutralité des agents dans les établissements publics. Autant d’éléments qui peuvent expliquer un certain flottement sur le terrain. Et pourtant, la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres, mais au contraire la liberté d’en avoir une. Il ne s’agit pas de conviction, mais d’un principe qui les autorise toutes à condition de respecter l’ordre public. Pourtant, la frontière est parfois ténue entre espaces communs et privés en Ehpad. Des équilibres fragiles à tenir, surtout pour des établissements créés dans le prolongement de congrégations religieuses.

Impliquer les équipes pluridisciplinaires. L’enjeu dans les établissements publics soumis au principe de neutralité consiste à différencier cultuel et culturel. La direction doit montrer la voie du « vivre ensemble », avec pédagogie et médiation. Dans les établissements privés, l’interprétation et l’organisation peuvent être différentes. Certains manient religion et culture avec décontraction, d’autres avec davantage de difficultés. Au quotidien les professionnels doivent se positionner et trouver la juste attitude. C’est souvent l’animateur en Ehpad qui se trouve en première ligne, bien solitaire quand il s’interroge. Faudrait-il mener une réflexion commune en amont ? Certains défendent l’idée que la prise en charge doit être globale, non limitée aux soins, que tous les soignants devraient s’impliquer. D’autres optent pour la création de comités éthiques inter-établissements pour prendre du recul, croiser les pratiques et ainsi éviter toute passion inutile.

L’accompagnement personnalisé. La question centrale de la liberté de religion et de croyance devrait se poser avant même l’institutionnalisation, faire partie intégrante du projet personnalisé, que la personne soit croyante ou non. En s’interrogeant et respectant habitudes et autres modes de vie, les professionnels se sentiraient moins en difficulté. La diversité des publics qui va s’accélérer devrait être davantage préparée. Si les établissements français ont hérité d’une culture chrétienne, le profil des résidents commence à changer. L’enjeu sociétal autour de l’accompagnement des musulmans vieillissants, qui ne retourneront pas dans leur pays d’origine, se pose. Usager qui a oublié le français, méconnaissance des rites et coutumes… comment accompagner avec bienveillance quand on ignore tout ? La formation fait partie des réponses possibles mais incomplètes. Les professionnels doivent faire la part des choses entre religion et religiosité. Apprendre quelques prérequis est essentiel pour bien accompagner.

À la fin, la mort. Décès et religion sont intimement liés, entre ceux qui sont et demeurent athées, ceux qui ont toujours cru et croient encore plus et ceux qui ont perdu la foi. Les équipes peuvent s’appuyer sur des hommes et des femmes de Dieu ; reste que la négation des besoins d’accompagnement du mourant est criante dans ce contexte de crise sanitaire. Elle laisse apparaître une fin difficile pour les personnes âgées, pour les familles, mais aussi pour les soignants esseulés.

  • Sommaire

ÉTAT DES LIEUX

  • Les applications de la laïcité, par Étienne Bataille et Muriel Cormorant, avocats
  • Séparatisme : la laïcité interrogée, par Laurence Hardy, sociologue anthropologue
  • Une option spirituelle, par Philippe Giafferi, conférencier
  • Spiritualité, religion et fin de vie, par Nathalie Benarroch-Queral, psychologue gérontologue

SUR LE TERRAIN

  • Les directions face au défi du « vivre ensemble », par Sadek Deghima, responsable de service
  • Bonjour cher collègue, par Didier Lucas, directeur de l’Ehpad public La Rouvière et vice-président de l’observatoire de la laïcité du Cœur d’Hérault
  • La pratique du culte tout au long de l’année, par Carole Peter, animatrice Ehpad La Kissel, Groupe SOS Seniors
  • Crises de foi, par Richard Mesplède, animateur en Ehpad
  • Quand l’écoute est au service des besoins spirituels, par Stella Choque, cadre de santé et formatrice
  • De la croyance à la stabilisation, par Gilles Tessens, ancien aide médico-psychologique et formateur
  • Célébrer les morts, par Marie Étienne, pilote plateforme de répit et vie sociale, et ancienne responsable vie sociale d’un groupe privé d’Ehpad
  • Entre hommes et femmes de foi, regards croisés de prêtre, pasteur, rabbin ou imam intervenant auprès de résidents en Ehpad

MISE EN PERSPECTIVE

  • Laïcité et politique associative, par Youcef Boudjémaï, ancien directeur d’établissement, administrateur de l’association Accueil et Relais
  • Découvrir pour mieux accompagner, par Cyril Ciacnoghi, formateur
  • La réflexion éthique, en pratique, par Katy Giraud, consultante, formatrice et animatrice de comités de réflexion éthique
  • Quels points d’appui pour les travailleurs sociaux, par Faïza Guélamine, sociologue, membre associé, URMIS (Unité de recherche migrations et sociétés), Paris Diderot, CNRS UMR 8245 – IRD UMR 205, adjointe de direction chargée de la pédagogie, Andesi (Association nationale des cadres du social)
  • La mort dans l’âme, est-ce ainsi que les hommes vivent ?, par Cécile Bacchini, psychologue
Hors-série ASH N° 04 - Avril 2021 - 44 pages
11,25
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